Les bonnes manières n’étaient pas africaines

Credit Photo : flickr.com

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En discutant hier matin avec mon père, il me demanda de lui servir de l’eau à boire. Ceci lui rappela, deux anecdotes qu’il me conta.

  • La première : il demanda une fois à une personne connue, lors d’un passage chez cette dernière de lui servir à boire. Cette dernière prit un sachet de pure water qu’elle ouvrit avec sa bouche et renversa son contenu dans un verre. Mon père choquée par l’acte, lui demanda ironiquement « Tu n’aurais pas un ciseau ? ». Elle comprit l’allusion et se vexa. Je ne sais si finalement, mon père but cette eau.
  • La deuxième : Au cours d’un petit-déjeuner avec son neveu, celui-ci prit la boite de lait concentré et se mit à souffler dedans pour faire sortir plus vite le liquide laiteux. Ceci éberlua mon père qui ne toucha plus au lait. Son neveu lui demanda quelques instants après : « Tonton, tu ne comptes pas utiliser le lait ? ». Mon père répondit que non, qu’il ne consomme pas de lait concentré. (Mensonge)

Je m’esclaffai à la fin de ces récits. Je lui dis ensuite que les bonnes manières ne sont pas africaines, qu’elles nous ont  été apportées par la colonisation.

Chez nous en Afrique, nous aimions manger à la main sans couvert à plusieurs dans un même plat. Nous mangions vite, bruyamment, les lèvres entre-ouvertes. En signe de satisfaction, à la fin du repas, nous nous lapions les doigts et émettions un rôt fort. Nous utilisions tous les mêmes verres à boire que l’on plongeait dans la citerne contenant de l’eau dont toute la maisonnée se sert. Nous nous invitions chez vous sans vous prévenir que ce soit pour manger, vous voir ou pour séjourner chez vous. Quand tu rends visite à quelqu’un, l’on t’apporte à boire dans un grand gobelet qui passe dans la bouche de tous les visiteurs. Quand bien même vous êtes vingt, ce gobelet passera dans toutes vos bouches. En Afrique c’est convivial. Nos femmes pour leurs menstruations ne portaient pas de couches payées en pharmacie, mais des bouts de tissus qu’elles se mettaient dans ce qui leur servait de caleçons. Nous ne nous épilions pas. C’était pour nous contre-nature. Il était dit qu’une femme qui s’épilait se rendait stérile. Nous laissions nos corps s’exprimer. Chez nous en Afrique, nous n’avions pas pour habitude de beaucoup nous couvrir. Drapé, dans un pagne, nous nous sentions fières et très habillés. Chez nous en Afrique, la famille moderne n’existait pas. Pour se dire bonjour, l’on prend des nouvelles de tout le monde à tel point que cela peut durer une vingtaine de minute. Chez nous en Afrique, les femmes devaient être totalement soumises à leur homme. L’homme pouvait courir autant de femmes qu’il le désirait, toi la femme tu lui devais fidélité et stoïcisme. L’homme pouvait rentrer de tu-ne-sais-où, à une heure extrêmement tardive et te réveiller pour t’intimer l’ordre de lui faire à manger. Chez nous en Afrique, pour pouvoir épouser une femme, tu te dois de la doter. La dote selon notre définition à nous africains, est un ensemble de présents que la belle-famille exige à leur futur gendre. Chez nous en Afrique nos dirigeants avaient pouvoir de vie et de mort sur leur sujet. Souvent les peines de morts consistaient à ce que l’on jette le condamné en pâture à des carnivores. Enfants, nous aimions courir nu dans le quartier les bijoux de familles en l’air. Nous faisions la lessive dans le marigot, nous lavions avec son eau, buvions cette même eau sans pour autant avoir des soucis de santé. Mais quand venait la maladie, la grand-mère avait toujours une recette phytothérapique à dispositions. Pour rire, nous rions. Quand l’africain trouve une chose hilarante, il ouvre grandement sa bouche et se met à rire à gorge déployée. Vous pouvez l’entendre à des centaines de mètres à la ronde. Chez nous en Afrique, nous sortons sans ambages le membre masculin devant tous pour uriner, et nous déposons ensuite un crachat gluant à l’endroit où nous nous sommes soulagés. Chez nous en Afrique, nous nous curons la gorge en nous s’égosillant avant de cracher. Au lever, pour l’hygiène buccale, nous ne nous payions pas en pharmacie des brosses à dent ELGYDIUM à 2500 FCFA pièces assortis à des pates dentifrice sensodyne. Nous mâchions du cure-dent.

Mais tout cela, c’était avant. Depuis il y a eu la colonisation, la traite nègrière, les indépendances … Aujourd’hui nous nous disons civilisés. Chacun ses couverts, chacun son plat. L’on mange avec des fourchettes et couteaux … Nous avons troqué nos pagnes contre des costumes Georgio Armani, Hugo Boss. Finie la polygamie, les putes assouvissent désormais nos pulsions indécentes. Les femmes s’expriment, se disent féministes. Nous nous disons chic parce qu’achetant des trucs chers, allant dans des lieux pas accessible à tout le monde. Nous voilà civilisés !

  10 comments for “Les bonnes manières n’étaient pas africaines

  1. Simon
    5 octobre 2016 at 12 h 38 min

    A mon sens, vous êtes (blogueurs et commentateurs) un peu partis dans un faux débat.
    Vous utilisez l’expression « bonnes manières » alors qu’il s’agit plutôt de « règles d’hygiène »…Les bonnes manières, ce serait plutôt tenir la porte, attendre les autres pour manger, passer devant une dame dans les escaliers, hein. Et là, je suis pas sûr qu’il y ai eu besoin d’importer ces pratiques. Et c’est ça qui provoque le faux-débat.

    La médecine, l’hygiène ayant progressé plus tôt au nord, quand les colons sont arrivés, ils sont venus avec ces pratiques, à mon sens plutôt saines. Auparavant, les européens mangeaient avec les doigts, rotaient en fin de repas, etc…Il n’y pas à débattre de la circulation des bonnes pratiques.

    Par contre, peu de gens se lavent les mains avant de manger en France, les toilettes n’y sont pas exemplaires et les gens ont tendance à jeter facilement des choses dans la rue (les mégots par exemple), à uriner n’importe où…Les exemples sont légions.

  2. Mona
    2 octobre 2016 at 17 h 57 min

    J’ai lu ton texte jusqu’à la fin et je voulais te dire ce que j’en pense: les bonnes manières n’étaient pas africaines, elles sont culture.
    Par là j’entends dire que dans chaque culture il existe traditions, coutumes. Pour qu’il y ait culture, il faut qu’il y ait une société. Et une société requiert toujours un vivre ensemble donc des codes, des règles pour vivre en communauté. Alors des bonnes manières avant la colonisation, il y en avaient. Et c’est une erreur de penser les «bonnes manières» comme blancs parce que ça veut dire que les africains étaient des sauvages, pas civilisés. Or, nous avions notre civilité à nous, nos manières a nous, notre façon de vivre. C’est ce genre de réflexion qui a poussé les blancs a penser que nous étions sauvage : au lieu de comprendre une différence, ils y ont vu une façon de nous dominer.
    Il y a néanmoins, une différence entre la culture et l’irrespect. Sous prétexte de culture, on ne peut pas accepter ce qui fait souffrir des femmes par exemple. Polygamie consenti par une femme et un homme ? D’accord. Polygamie imposé à cause de la culture, non. Les femmes blanches féministes n’ont pas été encouragé à le devenir. C’est l’histoire qui a provoqué ça, l’évolution. Cela aurait donc très bien pu se passer en Afrique si les blancs n’avaient pas débarqué.
    En bref, l’Afrique n’était pas sauvage: elle avait une histoire, des langues, des coutumes, des traditions ainsi que des bonnes manières.

    • Laurier d'ALMEIDA
      3 octobre 2016 at 20 h 17 min

      « C’est ce genre de réflexion qui a poussé les blancs à penser que nous étions sauvage : au lieu de comprendre une différence »

      J’abonde dans le sens de ta réflexion. Mais comprends que les BONNES MANIÈRES dont je parle ici est celles importées par les blancs. Nous avons nos manières en Afrique. Savoir comment nouer sa cravate, se tenir à table, la gestuelle et tout le reste nous viennent du blanc. Ces bonnes manières-ci ne sont pas africaines.

      • willfonkam
        3 octobre 2016 at 20 h 32 min

        Si tu parles des « bonnes manières » importées par les blancs, eh bien c’est évident qu’elles ne sont pas africaines, puisqu’elles sont importées par les blancs. Je pense que ce n’est pas approprié de juger les pratiques africaines en utilisant les critères des « blancs ». C’est pour ça qu’il faut définir les bonnes manières selon le contexte culturel, et juger sur ces bases là.

  3. willfonkam
    2 octobre 2016 at 12 h 56 min

    J’aimerais bien savoir ce que tu entends par « l’Africain ». Je crois qu’on ne peut pas englober toute l’Afrique dans un seul être et le juger. Si on le fait, on remet en question l’objective de notre réflexion. Sauf si tu as recensé les différentes cultures sur toute l’étendue du continent, mais j’en doute, parce qu’il y a des choses que tu as citées dans lesquelles moi Camerounais originaire de l’Ouest du pays je ne me reconnais pas – mais qui peuvent exister dans d’autres cultures Camerounaises. Donc il y a ce problème d’abord de généralisation excessive.

    Ensuite je pense qu’il faudrait savoir de quel angle on définit les bonnes manières. On ne peut pas vouloir analyser les bonnes manières chez les Africains en définissant le terme avec des mots d’occidentaux. C’est deux cultures, deux façons de voir différentes. De la même façon qu’un occidental dira que l’Africain (pour généraliser comme toi) est mal élevé, l’Africain dira pareil de l’Européen. Avoir plusieurs femmes, manger dans le même plat, ne pas s’épiler etc, si on se met dans le contexte Africain, ne constituent en rien une preuve du manque de bonnes manières. Bien au contraire.

    • Laurier d'ALMEIDA
      3 octobre 2016 at 20 h 24 min

      L’Africain, c’est toi, c’est moi, lui, elle, c’est toutes ces personnes qui ont l’Afrique en elles. Les bonnes manières sont définies ici au sens vulgaire du terme comme celles importées par le blanc. Tu seras donc d’accord avec moi quand je dis que les bonnes manières importées par le blanc (Savoir comment nouer sa cravate, se tenir à table, la gestuelle ) ne sont pas africaines.
      Bien à toi !

      • willfonkam
        3 octobre 2016 at 20 h 42 min

        Déjà, nouer la cravate, se tenir à table, (et tout ce que les blancs ont importé) à mon sens ne constituent pas une preuve de bonne manière – encore une fois la définition d’un mot tien compte du contexte. Ensuite, à te lire, on croirait qu’aucun noir ne sait nouer la cravate ou se tenir à table, et que tous les blancs savent le faire. Ce qui est faux. Et ça remet en question tout ton raisonnement. Tu ne peux juger tout un continent sur la base que quelques individus.

  4. 18 août 2016 at 8 h 17 min

    Je vais faire simple, je te réserve un droit de réponse.

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