Lettre à Bella

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Credit Photo : flickr.com

Chère Bella,

J’ai mal. Pourquoi te demandes-tu ? Ai-je vraiment besoin de te répondre ? Tu sais trop bien que t’en es la source. Tu dois te demander pourquoi cette lettre, moi qui n’ai pas daigné venir te dire au revoir. La vérité est que j’en étais incapable. Incapable de te voir là pâle, gisant inerte, les yeux fermés, le corps froid.

Bella, te dire que j’ai souvent pensé à toi serait un euphémisme. Je dois t’avouer que très souvent, je me suis évadé dans un monde où je t’ai vu heureuse, souriante, ensorcelante. Mais à chaque fois que mes yeux s’ouvraient, la réalité, la cruauté, le manque de tact de cette vie me brisaient. Dans un élan de sincérité, je n’ai plus voulu me tromper plus longtemps. Tu n’étais plus. Je devais commencer par m’y faire.

Le soir de ta mise sous terre, j’ai composé ton numéro de téléphone. Qu’espérais-je ? Je ne sais pas. Peut-être te voulais-je toujours vivante. Oui j’avais mal, personne n’avait besoin de le savoir. J’ai toujours fonctionné ainsi, nul besoin de parler de mes peines.

Je faisais désormais face à cette vérité que j’ai longtemps voulu édulcorer. Je réalisai que jamais je ne donnerai vie à ces envies que tu suscitais en moi. Comme pour me consoler, je me suis mis à flirter avec la plus grande des dépressions. Je ne trouvais aucun charme à cette douleur, mais elle me rendait humain. Je la cachai derrière un masque de clown. Peu m’importait dès lors à quel point cette douleur me consumerait, personne ne la verrait. Je garderais mon sourire.

Il me fallait sortir de cet abysse dans laquelle je m’enfonçais. Tout était à refaire.

Aucune main ne s’est tendue à moi. Tout le monde me croyait bien. Je ne me savais pas si bon acteur. J’aurais pu y faire carrière. J’ai traversé cela seul entre questionnements stériles et blasphèmes. Je n’ai jamais été le genre de personne qui s’attache. J’ai toujours eu la rupture facile. Mais Bella, si j’avais pu, ce 07 juillet 2014 je ne t’aurais pas laissée partir. Il nous restait trop de choses à vivre. Sans me prévenir, la mort t’assaillit, sournoise, impitoyable.

Vivre ou te suivre ?

Le choix n’a pas été difficile. Il me fallait vivre. Je me devais de poursuivre seul ma quête, la quête de ma réalisation personnelle. Le temps continuait de tourner, le jour j’étais vivant mais seul dans la nuit, dans mes songes je mourrais avec toi.

Et vint le jour où je pouvais de nouveau désirer une autre. Comme pour me convaincre, je me suis dit que c’est ce que tu aurais voulu que je fasse. Là où tu es, tu n’auras plus jamais besoin de rien. Si tant est-il qu’il y ait une vie après la mort, nous nous reverrons. Cela je n’en doute pas. Il en faut peu pour se retrouver de l’autre côté.

Maintenant, je vais bien.

J’ai survécu à ta perte. Une nouvelle personne partage désormais ma vie. C’est plus que ce que nous avons connu toi et moi. Avec elle c’est plus qu’un flirt, c’est beaucoup plus sérieux. Je te la présenterai peut-être un jour quand viendra notre tour de passer de l’autre côté.

Jusqu’à ce que je te rejoigne …

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